ISLANDE A VÉLO 2014 : RETOUR VERS LE SUD

Dimanche 6 juillet 2014

Je repars donc vers l’ouest pour reprendre, dans environ 140 km, la « route » 35, la fameuse Kjolur, anciennement F35 (Le F indique les pistes interdites aux véhicules non 4X4 en Islande) pour descendre vers le site d’Hveravellir, a environ 200 km d’Akureyri.

Mon plan d’origine était de prendre les pistes vers les hautes terres au départ d’Akureyri. Mission impossible. Dans les alentours, il y a eu deux jours de neige consécutifs et les pistes sont pour l’instant fermées, ce qui n’est tout de même pas si courant en juillet, même en Islande !

Il pleut et il fait froid lorsque je quitte, à regret, le camping, que j’ai beaucoup apprécié, car bien situé, et proche de la piscine qui est un vrai bonheur… Je vois les montagnes alentours qui blanchissent à vue d’œil. Pas de doute, il neige à faible altitude.

La sortie d’Akureyri est chaotique, je me trompe de direction, au départ du camping, et au bout de quelques kilomètres, je me rends compte que je suis presque revenu à mon point de départ, j’ai fait le tour de la ville ! Enfin, après plus d’une heure et avoir demandé mon chemin pour rejoindre la route N°1, je sors de la ville.

Je roule bon train car le vent est favorable la plupart du temps. Sur ma gauche comme sur ma droite, les monts, plus ou moins enneigés se succèdent, pour mon grand bonheur. Malheureusement, il pleut sans discontinuer ce qui gâche un peu mon plaisir de circuler au cœur de ces paysages.

Après plus de 8h de vélo, dont la moitié sous la pluie, et 103km parcourue, j’arrive à Varmahlíð, une toute petite commune de moins de 150 habitants où je choisi de m’arrêter pour la nuit, dans le camping, situé sur les hauteurs de la petite ville. Nous ne sommes que trois, moi et un couple.

M’entendant chantonner en Français lors du montage de mon campement, je suis abordé par le couple de touristes suisses qui m’invitent à partager avec eux un repas et une bouteille de vin Français.

Comme à chaque rencontre, les questions sur le voyage à vélo, le matériel, les difficultés sont nombreuses et je me prête au jeu sans difficultés, avec même un peu de fierté… Nous partageons un repas autour de cette bonne bouteille, avant de nous séparer vers 22h.

Je profite de la machine à laver et du sèche-linge du camping pour faire une bonne lessive, puis me couche vers minuit, épuisé mais bien content d’être là…


Lundi 7 juillet 2014

Ce matin, au réveil, j’ai l’agréable surprise d’apercevoir le soleil. Cela fait bien des jours que je ne l’ai pas vu et cela fait du bien !

Après un petit déjeuner pris tardivement aux côtés des deux seules campeurs présents, le couple de suisse, je reprends la route qui va m’emmener sur la F35, désormais rebaptisée route 35, depuis qu’elle a perdu son « F » signifiant qu’il s’agit d’une piste seulement praticable en 4×4.

C’est donc une quinzaine de kilomètres après Varmahlíð, vers 13h, que j’entame ma descente vers le sud, pour 3 jours de traversée vers Gulfoss, en passant par Hveravellir. Cette route, aussi appelée Kjölur qui court à travers le cœur de l’Islande, est la seule des 2 routes intérieures non interdites sans un 4×4.

Mais il ne faut pas s’y tromper, les loueurs de véhicules continuent de l’interdire à leurs clients lorsqu’ils louent des 2 roues motrices et c’est bien une piste, seulement praticable l’été, qui m’attend jusqu’à Gulfoss, où je retrouverai alors la route goudronnée.

La première partie, sous le soleil, est bucolique, ambiance « petite maison dans la prairie ». Les chevaux et les moutons paissent dans les prairies verdoyantes, la route serpente le long d’une rivière puissante et rapide, avec ici ou là quelques fermes isolées. Les chiens aboient à mon passage, et en toile de fond de la vallée, les montagnes au loin. Tout ici n’est que beauté sauvage.

Vers 15h 30, j’arrive à une intersection. A droite, Hveravellir est indiqué à 96 km. Le chemin que j’emprunte est défoncé, j’imagine mal un 2 véhicule 2 roues motrices passer ici sans toucher ! Et cela grimpe fort et brutalement sur plusieurs centaines de mètres. Après 25 minutes à pied d’effort intense et plusieurs lacets en ascension, je surplombe désormais la vallée.

La route, parfois de graviers, parfois de terre, souvent un mélange des deux, s’éloigne alors de cette vallée pour s’engouffrer dans les paysages désertiques des hautes terres d’Islande. Pratiquement plus de végétation et rien à perte de vue.

En quelques minutes, je viens de basculer dans un autre monde! C’est d’ailleurs ici que les plus grosses productions hollywoodiennes viennent tourner, lorsque qu’elles veulent avoir un décor lunaire…

Depuis ma sortie de la route n°1 il y a déjà plus de 30 bornes, je n’ai croisé absolument aucun véhicule. C’est la première fois que cela m’arrive. Je réalise que je suis sans aucun doute pratiquement seul sur cette route défoncée, où la plupart du temps, je slalome entre les trous et je subis la tôle ondulée…

Soudain, un cri dans ce silence absolu me stoppe net. Je m’arrête et regarde autour de moi. A quelques centaines de mètres. J’aperçois très nettement un animal sauvage qui me fixe, puis tourne les talons et part dans la direction opposée.

C’est un renard polaire en tenue estivale ! Je suis abasourdie ! J’arrive à attraper l’appareil photo et zoom à fond, pour prendre une photo de la bête, malheureusement flou… Il me faut quelques minutes pour m’en remettre, il m’a surpris et m’a presque fait peur !

Vers 18h, j’arrive sur les bordures du lac Blöndulón. Il fait beau mais la température ne dépasse jamais 7 à 8°c. Le lac, sur ma droite, est gigantesque, avec ses 60km2. Le paysage est, là encore, exceptionnel et malgré les efforts physiques et l’accumulation des kilomètres, je me sens vraiment heureux et a ma place ici.

Après une pause au bord du lac, je reprends la piste. Face a moi, une énorme masse nuage semble s’approcher de moi, au ras du sol!  Quelques minutes plus tard, la météo change et je me retrouve plongée dans un brouillard intense et glacial. Je ne vois pas la piste au-delà d’une vingtaine de mètres ! Je suis dans les nuages !

Une demi-heure se passe ainsi à pédaler dans ce brouillard, puis soudain,  deux maisons et un petit gite-camping m’apparaissent en bordure de route. Je vais arrêter ici pour aujourd’hui. Il est presque 19h et je suis exténué. Impossible sur ce type de route de relâcher une seconde le guidon et l’attention ! Et l’on n’y voit pas à 50 m…

Mon étape du jour m’a fait progresser de 87 km, les fesses sur le vélo durant plus de 7h30…Je n’ai croisé absolument personne, ni même été doublé par aucun véhicule depuis ma sorite de la route numéro 1, il y a 70 km environ…

Je suis l’unique client du petit camping…Le gîte est totalement vide…

Ce Lundi 7 juillet 2014, j’étais donc bien seul sur cette partie de la piste F35.


Mardi 8 juillet 2014

Je plie le campement vers 10h30, bien décidé à rejoindre Hveravellir au plus tôt. Pour cela il me reste environ 40 km à parcourir. Il fait froid, 5 à 6°C. Ce matin, la propriétaire du Gite/camping m’a confirmé ce dont je me doutais depuis un moment, l’été n’arrive pas à s’installer cette année… Elle me dit que l’an dernier, à la même période, il faisait 18°C…ce qui est une température très agréable pour l’Islande….

Pour ma part, c’est dans une légère brume, emplie d’humidité, et bien chaudement couvert que je remonte en selle. Plus j’avance, et plus la végétation se fait rare et le décor devient minéral. La piste qui pourtant à perdu son F (ce n’est plus la F35 mais la 35) est défoncée, les loueurs de véhicules ne se trompent donc pas en refusant que leurs clients non véhiculés en 4X4 l’empruntent !

C’est donc à une allure très lente, autour de 8/9 km/h que je parcoure la distance me séparant d’Hveravellir. Vers 13h, je passe au pied d’un refuge de secours, comme on peut en voir disséminés dans toute l’Islande, au long des pistes les plus difficiles.

Vers 15h30, j’arrive enfin à destination. Il n’y avait que 40 kilomètres et il m’a fallu pédaler plus de 4h30, en faisant de nombreuses pauses…car la piste était assez éprouvante physiquement.

Aussitôt la tente planté, je me précipite dans les eaux chaudes du bain naturel d’Hveravellir…38°C dans l’eau…température extérieure 5°C ! J’y reste près de trois heures tout en discutant avec les touristes de passages qui viennent s’aventurer dans cet endroit merveilleux, planté au milieu des fumerolles, en plein désert, entre les glaciers Langjökull et Hofsjökull. Je suis le seul et unique cycliste, et pour être honnête, je n’en suis pas peu fier !

En fin de journée, je fais une promenade sur les chemins balisés qui passe au travers des fumerolles et des eaux bouillonnantes. Impossible ici de s’écarter, l’eau sort directement à 100°c et partout, des petites cheminées crachent des fumées aux vapeurs sulfurées… Le site est tout simplement extraordinaire ! On peut avoir l’impression d’être sur une autre planète !

Sous la tente, je fais le bilan…déjà 23 jours depuis mon départ et j’ai parcouru plus de 1350 km. Dans 10 jours, c’est le retour en France, et malgré les difficultés que j’ai pu rencontrer, je n’ai pas envie de repartir…


Mercredi 9 juillet 2014

Ce matin dès le réveil, vers 8h00, je retourne me prélasser dans les eaux chaudes du bain naturel d’Hveravellir, malgré la température extérieur aux alentours de 5°C. Après près de 2 heures de bain, je me décide enfin à lever le camp et je prends un petit déjeuner tardif avant d’entamer le rangement méticuleux du matériel, pour enfin remonter en selle vers 11h30, direction Geysir, à 110 km.

Le vent est à nouveau présent, et comme d’habitude, défavorable. Mon allure est lente, très lente. Vers 16h, seulement 30 km après mon départ, j’ai droit à une crevaison arrière et  me retrouve en plein démontage de la roue en bordure de piste. Le verdict est sans appel, le pneu que j’avais réussi à réparer une première fois à la sortie de Myvatn est mort. Il est entaillé sur le flanc sur plusieurs centimètres.

Heureusement, à Myvatn, j’avais eu la bonne idée d’acheter un pneu à un loueur de VTT. Il me faut une quarantaine de minutes, en plein vent, pour remonter le pneu, assorti d’une chambre à air neuve, avant de reprendre la route.

Je poursuis ma route en ne croisant qu’un véhicule de temps à autre, les touristes sont rares par ici. A Hveravellir, il n’y avait pas plus d’une quinzaine de véhicules, et une dizaine de toile de tente.

Malgré cela, a deux reprises, je suis surpris de voir arriver face à moi des autobus tout terrain  équipés de pneus aux dimensions énormes, je n’en avais jamais vu avant l’Islande et cela m’impressionne toujours ! Soudain, alors que je suis en plein effort et en véritable difficulté, un 4×4 me double, ralentit puis s’arrête quelques centaines de mètres devant moi. 3 touristes descendent, et bien tranquillement , ils ne trouvent rien de mieux que de se planter au milieu de la piste pour me prendre en photos!  Sur le coup, je les maudis… Mais n’est-ce pas la une forme de reconnaissance compte tenu de la difficulté?

Vers 19h, j’ai parcouru seulement 60 km en 7h de vélo. Exténué, je m’arrête à quelques dizaines de mètre d’une rivière, et plante la tente sur ce que je trouve de plus plat. Ici, c’est véritablement « no life »… a ma gauche, le désert central… a ma droite, l’énorme glacier Langjökull …


Jeudi 10 juillet 2014

Cette nuit à nouveau, le vent a soufflé assez fort et il a beaucoup plu. A nouveau également j’ai eu froid. Durant la « nuit », la  température est descendue à 1°c.  Fatigué par une nuit compliqué, je rattrape un peu de sommeil le matin car le temps est plus calme et la température plus clémente…6/7°c…

Je sors donc de la tente vers 11h, bien décidé  à foncer sur Geysir, à environ 50 km, sans oublier bien sûr de m’arrêter sur le site de Gullfoss, incontournable lorsque l’on vient en Islande. La vue sur le glacier Langjökull, « le glacier long » en islandais, est absolument imprenable, et c’est dehors, en l’admirant, que je prends mon désormais classique petit déjeuner, fait de Muesli, café, Krisprolls et Skyr…

Le départ se fait donc vers 12h00. Quelques kilomètres plus loin, je vois une masse énorme se dresser devant moi. C’est la montagne Blafell, qui culmine à 1204 m. Il parait que de la haut, par temps clair, on voit les plus grands glaciers d’Islande. Hélas, impossible d’en apercevoir le sommet, car dès son pied, les nuages se profilent. Il faut dire que sur la Kjolur (piste 35), je suis déjà à 700 m d’altitude environ…

Même si la 35 contourne la montagne, cela grimpe, doucement, tranquillement durant quelques kilomètres, et je suis dans le brouillard total, en fait dans les nuages. Bien évidemment, c’est humide et très froid… Heureusement, il n’y a pas de vent ! Environ 35 minutes plus tard, j’entame une belle et longue descente puis sors définitivement de la piste 35, pour retrouver enfin le bitume.

Vers 15h00, j’arrive sur le site de Gulfoss où je m’offre un superbe déjeuner… un énorme Hamburger Frite ! Qu’il me parait exquis ! Il faut dire que depuis mon départ d’Akureyri, il y a 5 jours, je ne manque que des nouilles lyophilisées et de la soupe !

Après ce repas digne des rois, je file à la découverte des chutes d’eau de Gullfoss, signifiant la « chute d’or » en islandais. Son nom provient de l’arc-en-ciel que l’on peut souvent voir au-dessus lorsqu’il fait beau… Hélas, ce n’est pas le cas aujourd’hui.  Je découvre, dans un vacarme assourdissant, un lieu absolument époustouflant, une succession de deux chutes d’eau d’une hauteur de 32 mètres et d’une largeur de 70 mètres.

Je reprends la route pour Geysir (en Islandais « jaillir »), le second site le plus touristique d’Islande, qui n’est ni plus ni moins que le lieu qui a donné son nom à tous les autres dans le monde, les fameux et merveilleux Geysers. J’y arrive vers 17h00.

Tout de suite, le site m’émerveille. C’est une succession de sources jaillissantes bouillonnante, de fumerolles, avec son fameux grand Geyser, que je ne verrais d’ailleurs pas jaillir,  mais qui autrefois projetait de l’eau à 80 mètres. Entre le 17 et le 20 juin 2000, en raison d’un séisme, Geysir a atteint une hauteur de 122 mètres pendant deux jours, ce qui en fait le plus haut geyser en activité, même provisoire !  Désormais, il jaillit très irrégulièrement, et dépasse rarement les 50 m.

Pour ma part, je me dirige vers le geyser de Strokkur, assez spectaculaire car il entre en éruption toutes 10 minutes environ en propulsant une puissante colonne de vapeur pouvant grimper jusqu’à 20-25m de haut. J’ai la chance de voir ce phénomène très spectaculaire et surtout, quelques secondes avant qu’il ne jaillisse, de voir la fameuse bulle bleu turquoise qui se forme sur le sol ! C’est magique ! Il parait en plus qu’aucun autre geyser ne présente cette particularité…

Après plus de deux heures à me promener sur le site, il est désormais près de 19h30, il pleut et comme je commence à être bien fatigué, je me rends au camping tout proche.

Aujourd’hui, j’ai pédalé durant 50 km, parcouru les sites de Gullfoss et Geysir. Ce soir, ce sera douche bouillante et…repos.


Vendredi 11 juillet 2014

En fin de matinée,  je quitte le camping de Geysir pour me rendre dans le parc national de Pingvellir. Quelques dizaines de minutes après mon départ, un véritable déluge s’abat sur moi, j’ai froid et suis trempé car je n’ai pas eu le temps d’enfiler les vêtements de pluie. Mes pieds baignent dans l’eau froide qui, sans la tenue de pluie, a coulé le long de mon pantalon de randonnée pour s’infiltrer dans mes chaussures…

C’est donc  à une station-service supermarché, comme il y en a partout en Islande, que je m’arrête pour me changer intégralement, un beau spectacle puisque je me mets en caleçon, quasiment au bord le route ! Au passage je fais quelques courses et j’y englouti un café bien chaud qui me fait le plus grand bien.

Je reprends la route en bien meilleur état, et cette fois-ci, avec la tenue intégrale de pluie sur le dos, même si la pluie s’est arrêtée…il vaut mieux anticiper car le ciel reste particulièrement chaotique !

Vers 15h, j’entre, a bonne allure, dans le parc national de Pingvellir. Celui-ci  regroupe plusieurs montagnes, volcans, lacs, cours d’eau, une forêt et le « Rocher de la loi », qui constitue le principal lieu historique national considéré comme l’un des plus vieux parlements du monde, L’Alping.

Alors que je suis décidé à me rendre sur le site de l’Alping, et de la faille d’Almannagjá aujourd’hui même, une seconde terrible averse me décide à m’arrêter pour me mettre à l’abri. Il est environ 17h et un panneau m’indique un camping à un kilomètre. Je choisi de m’y arrêter.Il est 17h30 lorsque je finis de planter la tente, avant de me précipiter sous une douche salvatrice.

Finalement je me rendrai sur le site de la faille et du parlement demain matin…


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